Robert Maillard, Paris
En janvier 2026, des manifestations parfaitement légales contre la vie chère ont éclaté dans plusieurs villes iraniennes, notamment à Téhéran, à Kermanshah, à Ahvaz et à Mashhad, manifestations pacifiques qu'accompagnait un cortège de policiers et de forces de l'ordre.
Une semaine plus tard, soit le jeudi 8 janvier, un appel au rassemblement fut lancé depuis Washington par le fils du Shah déchu d'Iran pour dixit, « provoquer l’effondrement du régime en place, fût-ce de manière violente ». Parallèlement à cet appel, Donald Trump s’est mis à lancer sur le réseau X des messages enflammés incitant le « peuple iranien à poursuivre son mouvement » et menaçant le gouvernement iranien d’« intervention militaire ». Le jeudi au soir, des dizaines de manifestations pacifiques ont tourné en émeutes d’une violence sans précédent avec en toile de fond des attaques terroristes menées par des bandes cagoulées et armées de machettes, de revolvers, de bombes incendiaires et de fusils de chasse contre policiers, agents de l’ordre et des manifestants pacifistes. Des dizaines de postes de polices, de magasins, de mosquées, de postes de pompiers, de bus, d’ambulances, de voitures… ont été saccagés et réduits en cendres. La télévision iranienne diffuse depuis plusieurs jours les images terrifiantes des corps de policiers brûlés vifs ou lynchés à coup de machettes ou molestés à mort.
Manifestants ⁉
— Press TV Français (@fr_presstv) January 17, 2026
🎥☫ Des émeutiers ont incendié une ancienne bibliothèque, à Borujen, dans la province de Tchaharmahal-et-Bakhtiari pic.twitter.com/JHrppLgxyh
Selon les autorités iraniennes, plus de 100 policiers et effectifs des forces de l’ordre ont été tués entre 8 et 9 janvier et le bilan reste à revoir. Ce chiffre, si confirmé, est anormal dans un contexte de protestation civile. En comparaison aux États-Unis, même dans les manifestations les plus violentes (comme celles de 2020), les pertes policières sont très rares. En France, pendant le mouvement dit des Gilets Jaunes (2018-2019), aucun policier n’a été tué par des manifestants, malgré des affrontements récurrents. En Allemagne ou au Royaume-Uni, les manifestations ont rarement débouché sur des tueries de forces de l’ordre. La mort de plus de 100 policiers et effectifs des forces de l’ordre en deux jours implique une violence extrême, non pas seulement contre l’État, mais contre des gens en uniforme. Cela suggère une escalade de la violence bien au-delà d’un simple rassemblement de protestation. Et c’est là que se pose une question cruciale : Qui a armé les soi-disant « manifestants » ? D’où prenaient des ordres ces bandes armées dont certains, après avoir été appréhendés par les forces de sécurité, ont avoué avoir perçu de grosses sommes d’argent pour troubler l’ordre public ? Ces terroristes, déguisés en manifestants, s’en sont servis comme d’un bouclier humain.
Les récits rapportés par des médias iraniens et certains observateurs étrangers indiquent que des armes à feu utilisées contre les forces de l’ordre sont entrées dans le pays via des routes clandestines, notamment depuis l’Irak ou l’Afghanistan. Des groupes terroristes armés (comme certains éléments du OMK ou du PJAK) ont été identifiés comme impliqués.
Manifestants ⁉
— Press TV Français (@fr_presstv) January 16, 2026
🎥☫ Nouvelles images de la destruction de biens publics lors des troubles, à Fardis, dans la province de Karaj pic.twitter.com/7LxVorqFSb
En France, les Gilets Jaunes portaient des gilets, pas des fusils de chasse. Aux États-Unis, les manifestants anti-police ne sont pas armés en masse. En Iran, l’usage d’armes à feu contre la police est inhabituel et surtout sans commune mesure dans une contestation civile. Cela suggère que les acteurs en cause n’étaient pas des citoyens ordinaires, mais des groupes organisés, avec un soutien extérieur.
La réaction des autorités iraniennes n’a évidemment pas tardé, une réponse de sécurité nationale. Le gouvernement iranien a réagi avec une force militaire et policière massive contre ce qui ressemble à tous points de vue à une vaste opération terroriste visant à semer le chaos à travers le pays. Cette réponse est cohérente avec la logique d’un État face à une menace directe contre ses institutions. D'où la question suivante : à qui profite le crime ? S’agit-il d’une ingérence à vaste échelle visant à prolonger l’agression armée dont l’Iran fut la cible en juin 2025 ? Les hypothèses selon lesquelles des services étrangers, Mossad, CIA, auraient armé et encadré des fauteurs de troubles ne sont pas dès lors absurdes d’autant plus que des voix officielles à Washington et à Tel-Aviv ont reconnu avoir bien attisé le feu.
⚠️Ces images témoignent des dégâts causés aux biens publics par des émeutiers soutenus par l'étranger à Téhéran pic.twitter.com/de0uPf2AvU
— Press TV Français (@fr_presstv) January 15, 2026
La mort des dizaines de policiers en Iran ne s’explique pas par une simple contestation civile. Elle implique une escalade violente, une organisation, et une capacité à accéder à des armes. L’Iran fait face non pas à une simple contestation de la société civile contre la vie chère mais à une grave tentative de déstabilisation qui vise sa sécurité nationale, alors même qu’il traverse l’une des périodes les plus névralgiques de son histoire où les puissances hostiles réclament sans ambages sa « syrisation ».
Robert Maillard est un écrivain et analyste militaire basé à Paris.